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Ah Dieu ! Que la guerre est jolie …

Ah Dieu ! que la guerre est jolie
Avec ses chants ses longs loisirs
Cette bague je l’ai polie
Le vent se mêle à vos soupirs

Ce quatrain de Guillaume Apollinaire qui ouvre le court poème “L’Adieu du cavalier“, dans le recueil des Calligrammes, célèbre la guerre sur un ton doux et nostalgique. Le premier vers est resté célèbre. L’histoire tourmentée du XXe siècle a fait que la célébration de la guerre constitue désormais en Europe une abomination, a fortiori lorsqu’elle est ainsi associée à l’expression de l’émotion amoureuse.

Le poème d’Apollinaire n’aurait sans doute pas déplu, quelques siècles auparavant, à Bertran de Born, un noble du XIIe siècle, seigneur de Hautefort, en Dordogne, et auteur de poèmes guerriers par lesquels il ranimait l’ardeur des hommes d’armes de sa cour. Il resta célèbre pour son humeur belliqueuse, puisque Dante Alighieri, bien plus tard, le fit figurer dans son Enfer (28, v. 118-142) comme un “semeur de discorde”. Ses poèmes chantent crûment les plaisirs de la bataille, du pillage et de la destruction.

Il me plaît le joyeux temps de Pâques
qui fait venir les feuilles et les fleurs ;
(…)
et je ressens grande allégresse
quand je vois rangé en campagne
cavaliers et chevaux armés.
(…)
Il me plaît quand les éclaireurs
font s’enfuir les gens et leur bétail ;
et il me plaît de voir leur courir sus force guerriers, tous ensemble.
(…)
Masses et épées, heaumes de couleur,
écus fendre et se défaire
verrons-nous au début du combat,
et de nombreux vassaux frapper ensemble.
C’est pourquoi errerront en désordre
les chevaux des morts et des blessés.
Et, une fois dans la mêlée,
que chaque homme bien né
ne pense qu’à tailler têtes et bras,
car mieux vaut être mort que vivant et vaincu.
(…)
Je vous le dis : rien n’a pour moi saveur
ni manger, ni boire ou dormir,
autant que d’entendre crier : “A eux ! ”
des deux côtés, et d’entendre hennir
dans les sous-bois les chevaux démontés,
et crier ” A l’aide ! A l’aide ! ”
et voir tomber dans les fossés
humbles et grands sur l’herbe,
et voir les morts qui, dans leurs flancs,
ont des éclats de lances avec leurs fanions.

La traduction, d’occitan en français, est de H.-I. Marrou, revue par J. Berlioz. Notez que les extraits choisis sont ceux dans lesquels la célébration de la brutalité de la guerre était la plus visible. Ces poèmes sont intéressants à de nombreux autres titres : ils glorifient aussi l’éclat des armées et de l’apparat militaire, chantent les hauts faits des chevaliers et vantent la supériorité de la noblesse par rapport aux classes productrices et marchandes de la société féodale.

D’après le commentaire de ces poèmes par Jacques Berlioz dans Le commentaire de documents en histoire médiévale, Seuil, pp. 38-43.

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