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Animaux du Moyen Age – Procès d’animaux

Animaux du Moyen Age – Procès d’animaux

Animaux du Moyen Age – Procès d’animaux

En 1386, à Falaise, en Normandie, une truie mal surveillée provoque un drame en dévorant un nourrisson dans son berceau. Elle est capturée et jetée en prison, comme tout criminel, homme ou femme, l’aurait été. Au tribunal, le procès dure neuf jours. Le deffendeur de l’animal se montre peu efficace devant l’énormité du crime. Le juge déclare la truie coupable d’infanticide et la condamne à être suppliciée et à mourir sur l’échafaud. Au jour dit, vêtue d’habits d’homme, la truie est traînée à travers la ville jusqu’à l’échafaud, devant une foule nombreuse, composée en partie d’autres porcs, ses congénères. Le bourreau lui fait subir les mêmes mutilations qu’elle a infligées au petit enfant qu’elle a tué : il lui coupe le groin et lui entaille la cuisse. Puis il la coiffe d’un masque humain et, toujours devant la foule en émoi, il la pend par les jarrets à une fourche de bois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Selon la coutume, le corps de la truie criminelle est ensuite traîné à nouveau sur la place. Enfin, ses restes sont dépecés et brûlés, en signe d’infamie.

Au Moyen Age, et jusqu’au XVIIe siècle, on trouve ainsi trace, dans les archives, de procès intentés à des animaux du moyen age criminels. On trouve, en fait, au moins deux types distincts de procès d’animaux à cette période : les procès collectifs intentés aux rongeurs, sauterelles, chenilles et autres fléaux qui dévastaient épisodiquement une région ; et les procès individuels de gros animaux coupables de crimes. Face aux essaims d’animaux nuisibles, lorsque les processions et autres pratiques de pénitence collective n’avaient pas porté leurs fruits, les tribunaux ecclésiastiques réagissaient en s’en prenant à la « vermine » avec des rituels de conjuration, de malédiction, d’exorcisme et même d’excommunication ! Dans le second cas, ce sont les tribunaux civils qui jugeaient les animaux coupables de crimes individuels. Le propriétaire de l’animal n’était pas tenu pour responsable des crimes graves commis par une de ses bêtes. La question de la responsabilité des animaux, liée à celle de savoir s’ils avaient, ou non, une âme, était sujette à de nombreux débats de théologiens et soulevait de multiples discussions. Néanmoins, les juristes d’Ancien Régime s’accordaient généralement sur l’idée qu’il faut punir un animal criminel, pour l’exemple et pour frapper les mémoires, de manière à ce que l’événement ne se reproduise plus. De plus, les procès d’animaux étaient l’occasion de réaffirmer les principes de la bonne justice, qui veut que tout être soit sujet de droit et que tout crime obtienne réparation. L’animal était ainsi traité comme n’importe quel criminel humain, et même, aucun aspect de la procédure n’était omis : capture et incarcération du coupable ; procès-verbal, enquête et mise en accusation par la justice ; travail du juge qui écoute les témoins, confronte les informations et rend sa sentence, laquelle est signifiée à l’animal dans sa cellule ; et enfin exécution. Les procès individuels d’animaux offraient ainsi le spectacle de l’exercice parfait de la bonne justice, accompagnée de tous ses rituels, dans le moindre détail.

D’après l’article de Michel Pastoureau, « Les procès d’animaux. Une justice exemplaire ? », paru initialement en 2000, et remanié en 2004 pour son ouvrage : Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, Paris, Seuil, La Librairie du XXIe siècle, pp. 29-48.

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