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La dévotion contestataire des Flagellants

En 1260, les villes d’Italie centrale et septentrionale connurent un spectaculaire mouvement de pénitence collective, sous la forme de grandes processions de flagellants. Les Flagellants étaient des laïcs qui entendaient expier leurs péchés et ceux de leurs cités en s’infligeant publiquement des souffrances corporelles, à l’imitation de celles qu’avait subies le Christ lors de sa Passion. Ces processions s’inscrivaient dans l’effervescence de contestation religieuse qui touchait alors la Chrétienté : sans être forcément hérétiques, nombreux étaient les mouvements qui entendaient renouer avec l’idéal de pauvreté contenu dans les Évangiles, avec la contrition, et voulaient dénoncer les richesses excessives de l’Église, ou encore, comme ici, la violence funeste des luttes qui déchiraient lors l’Italie, entre l’empereur et le pape, entre les cités, et à l’intérieur même des cités. L’année 1260 revêtait, de plus, une signification particulière à cause des idées de Joachim de Flore. Ce moine avait élaboré, au siècle précédent, toute une doctrineeschatologique décrivant les différents âges de l’histoire et prophétisant que l’année 1260 signerait l’entrée dans l’âge de l’Esprit et le prochain retour du Christ pour la fin des temps. Cette doctrine avait connu une ample diffusion auprès des frères franciscains, et notamment chez un franciscain originaire de Bologne, Salimbene de Adam, qui décrit ainsi le mouvement dans sa Cronica :

“De la dévotion des Flagellants, qui eut lieu en l’an 1260, et fut presque universelle, touchant particulièrement l’Italie.

L’an du Seigneur 1260, 3e indiction, les Flagellants vinrent par toute la terre, et tous les hommes, petits et grands, nobles chevaliers comme gens du peuple, se flagellaient en procession à travers les villes, nus, précédés par les évêques et des religieux. Et on se réconciliait, les hommes restituaient ce qui avait été indûment perçu, et on confessait tant ses péchés que les prêtres avaient à peine le temps de manger. Dans leur bouche retentissaient « les paroles de Dieu et non celles de l’homme » (Actes, XII, 22) et leur voix était comme « la voix de la multitude » (Daniel, X, 6) et les hommes marchaient dans la voie du salut.

En l’honneur de Dieu et de la Vierge Marie, ils composaient des louanges divines, qu’ils chantaient tout en marchant et en se flagellant. Et le lundi, jour de la fête de tous les saints, tous les hommes de Modène vinrent à Reggio, tant les petits que les grands, ainsi que tous ceux du contado de Modène, avec le podestat et l’évêque, portant les étendards de toutes les catégories et ils se flagellaient par toute la cité, puis se rendirent pour la plupart à Parme, le mardi après la fête de tous les saints. (…) Lorsque j’arrivais à Parme, la dévotion y était déjà. En effet, « l’aigle volait se hâtant vers sa nourriture » et elle durait depuis plusieurs jours dans toutes les villes. Il n’y avait personne, ni celui qui était austère, ni celui qui était vieux, qui ne se flagellât volontiers. Si quelqu’un ne se flagellait pas, il était considéré comme pire que le Diable, et tous le montraient du doigt comme un homme notoirement diabolique. Et, ce qui arriva à plus d’un, en peu de temps il encourait un grand danger et mourait ou était gravement blessé.”

Commentaire d’après le manuel L’Italie au Moyen Age, Ve-XVe siècle, de J.P. Delumeau et I. Heullant-Donat, publié en 2002 chez Hachette. Malheureusement, la référence exacte du passage dans la Chroniquede fra Salimbene de Adam ne peut être fournie avec précision.

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