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Hermaphrodisme pour convenance personnelle

Hermaphrodisme pour convenance personnelle

Voici un étonnant récit concernant l’hermaphrodisme dont l’action se situe au XVIIème siècle, de l’autre côté de l’Atlantique …

En 1629, dans la très jeune colonie de Virginie, à Warraskoyack, le jeune Thomas Hall fut victime de rumeurs d’écarts sexuels avec la jeune servante Great Besse. La fornication n’était pas un péché inhabituel dans la colonie, où l’on comptait 1 femme pour 4 hommes, alors pourquoi l’histoire a-t-elle retenu cet épisode ? Ce fut la réponse de Thomas Hall à cette accusation qui fit sortir l’affaire de l’ordinaire : il répondit en effet que, dans la mesure où il était aussi une femme, il ne pouvait pas avoir touché Great Besse …

Lors de son procès, dont les archives sont conservées jusqu’à aujourd’hui, le juge demanda à Hall s’il était homme ou femme : il répondit qu’il était les deux. Devant un tel mystère, il fut sommé de s’expliquer. Il raconta son histoire. Il/elle avait été baptisé/e en Angleterre, sous le nom de Thomasine, et habillé/e subséquemment en femme. A l’âge de douze ans, alors que toutes les demoiselles étaient envoyées dans le voisinage pour apprendre les principes de la tenue d’un foyer, Thomasine fut envoyé/e par sa mère à Londres, chez une tante.

Pour ne pas être séparé/e de son frère, envoyé en Europe continentale pour effectuer son service militaire, Hall décida cependant de devenir un soldat : il/elle coupa ses cheveux et changea son « appareil » pour celui d’un homme. Il/elle avait alors 24 ans, et survécut à sa première année en tant qu’homme, malgré la débâcle que connut l’armée anglaise en France. De retour en Angleterre, Thomas Hall reprit l’habit de femme et se remit à son travail de couture et de broderie. Thomasine Hall s’installa dans la petite ville portuaire de Plymouth. En contact permanent avec les migrants et l’horizon américain, Hall décida de s’embarquer pour la Virginie en 1627. “I changed againe his apparell into the habit of a man and soe came over into this Country“.

La facilité avec laquelle Thomas/ine changeait d’identité sexuelle comme de chemise – et c’est le cas de le dire puisque ce n’était l’affaire que d’une tenue vestimentaire et d’une nouvelle coupe de cheveux ! – dérouta complètement la communauté des immigrés de Virginie. La rumeur selon laquelle il pouvait être une femme incita quelques matrones hardies à inspecter son corps. Résultat : “hee was a man“.

Cependant, un ancien maître de Hall, qui l’avait jadis engagée en tant que servante, continua de clamer devant la Cour qu’il s’agissait d’une femme. Pour défendre sa position, il récusa l’argument des matrones par une remarque pragmatique : “hee had not the use of the man’s parte“. Le membre viril de sa servante était en effet si petit qu’on ne pouvait en avoir aucun usage et, partant, aucune prétention à la virilité ! Convaincu par cette remarque, le juge ordonna à Hall de porter des habits de femme et de rester Thomasine.

Les matrones, cependant, ne furent pas satisfaites de cette décision ! Se rendant chez le nouveau maître de Thomas/ine Hall, John Atkins, elles le prirent à témoin lors d’un nouvel examen corporel. « Est-ce là tout ce que vous avez ? », demanda-t-il, dubitatif, à la vue de ce qui constituait, pour ces dames, une preuve physiologique irréfutable. Il finit cependant par se rallier à leur position, ne trouvant pas trace de féminité dans la partie incriminée, et porta plainte pour abus.

Plusieurs examens contradictoires et non-concluants se succédèrent, sans aboutir à l’assignation d’une identité sexuée stable pour Thomas/ine Hall. La Cour décida finalement de marquer publiquement cette ambiguïté, en ordonnant à Hall de s’habiller en homme, tout en portant une coiffe et un tablier, attributs féminins. L’émoi qu’avait causé l’extraordinaire faculté d’adaptation de Thomas/ine Hall à Warraskoyack montre l’importance que revêtait la question du genre pour une petite communauté de colons, fraîchement débarqués d’Europe dans le Nouveau Monde, et qui tentaient de fonder un nouvel ordre social.

D’après Kathleen M. BROWN, Good Wives, Nasty Wenches and Anxious Patriarchs. Gender, Race and Power in Colonial Virginia, Chapel Hill & London, University of North Carolina Press, 1996.

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