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Article du Blog LeBonEcu

Inquisition Médiévale

1) Le développement des hérésies

Au XIIe siècle se développent plusieurs mouvements religieux considérés comme contraires au dogme catholique. D’une part, dans le Toulousain se développe le phénomène cathare (aussi appelé « albigeois »), rejetant les principaux sacrements de l’Eglise et la vénération de la Croix.

D’autre part, parallèlement au développement des églises dissidentes cathares dans le Sud de la France, on assiste au développement du mouvement vaudois, sous l’impulsion du commerçant lyonnais Pierre Valdès, qui rassemble autour de lui des catholiques décidés à lutter contre le luxe ecclésiastique dans l’humilité et la prédication. Soutenus par les populations exaspérées par les privilèges ecclésiastiques, les vaudois se répandent en Provence, en Dauphiné, en Italie du Nord et en Catalogne.

Ces hérésies sont condamnées par le pape Innocent III qui, à travers sa bulle Vergentis in senium les dépeint comme des crimes de lèse-majesté. Après l’assassinat de son légat Pierre de Castelnau par des dissidents du Languedoc, le pape lance un appel à la croisade contre les hérétiques (les « Albigeois ») en 1209. La croisade est menée par de grands seigneurs du Nord de la France, comme Simon de Montfort, et élimine un grand nombre de cathares en 1211 à Minerve et Lavaur, et en 1213 à Muret, où le comte Raymond VI de Toulouse, protecteur du catharisme, est mis en déroute. A partir de 1215, les privilèges de Raymond VI de Toulouse lui sont retirés par le Concile de Latran IV, et la fonction de comte de Toulouse est alors remise à Simon de Montfort.

2) La naissance de l’Inquisition

C’est également lors du IVe Concile de Latran que la condamnation des hérésies et déviances religieuses est réaffirmée. Le Concile propose en outre un nouveau mode de répression, la « procédure d’office », fondée sur la délation et le soupçon, et qui permet d’entamer un procès contre une personne sans que celle-ci soit précisément accusée. C’est la naissance de l’idée d’une procédure judiciaire spécifique aux hérétiques, idée qui se développera sous le pontificat de Grégoire IX (1227-1241). Le Concile de Toulouse, en 1229, demande la fondation d’une université à Toulouse afin de former des religieux dans la lutte contre le catharisme, et afin de remédier à la fragilité de la situation religieuse en Languedoc. En outre, le Concile de Toulouse établit 45 articles, des « canons », qui reprennent les dispositions de Latran IV et qui codifient les principes de la répression. Des lois sont édictées contre les hérétiques, ordonnant par exemple la destruction des foyers et habitations cathares, l’obligation de la confession et de la communion trois fois par an. Dans un premier temps, la procédure de répression est confiée aux religieux de chaque paroisse, mais l’absence de personnel compétent entrave l’organisation de la lutte contre les cathares. Ceci conduit la papauté à organiser elle-même officiellement une institution répressive dotée de privilèges.

En avril 1233 est publiée par le pape Grégoire IX la bulle Ille humani generis, qui consacre officiellement la naissance de l’Inquisition, tribunal pontifical chargé de la lutte contre les hérésies.

Par la constitution Excommunicamus, Grégoire IX décharge les clergés locaux (épiscopats) de la traque des hérétiques, et confie cette charge aux ordres mendiants et missionnaires tels que les Dominicains et les Franciscains.

3) La lutte inquisitrice contre les hérésies

Les premiers conflits entre Inquisition et hérétiques cathares éclatent en 1234 à Albi et en 1235 à Toulouse. En effet, d’une part, les inquisiteurs font preuve d’une cruauté sans égale en mettant en place de rudes sanctions pour quiconque soutient le catharisme et pour les cathares eux-mêmes. D’autre part, les évêques, souhaitant préserver leurs prérogatives en matière de justice, contestent le pouvoir des inquisiteurs. Malgré ces oppositions et malgré une période de suspension de l’activité inquisitoriale, les inquisiteurs reviennent en force dès 1241.

L’opposition se fait plus virulente et plus menaçante : en mai 1242, plusieurs inquisiteurs sont assassinés à Avignonnet. Ceci renforce encore un peu plus la répression de l’Inquisition, qui parvient en mars 1244 à prendre Montségur, grand fief de la résistance cathare.

Si le catharisme est décapité avec la perte de Montségur, il n’est pas pour autant définitivement éradiqué. En effet, dans les années 1280, la ville de Carcassonne apparaît comme un nouveau fief cathare. Plus d’un millier d’habitants (dont beaucoup de dignitaires ecclésiastiques et de nobles) y sont suspectés de catharisme. Menée par le moine franciscain Bernard Délicieux, la résistance cathare carcassonnaise est virulente, particulièrement à partir de 1293.

Par la suite, le Languedoc est véritablement quadrillé par l’Inquisition, ce qui amène à une réduction totale, dans le Sud de la France, du catharisme. Le catharisme ainsi entouré, ainsi surveillé, ainsi contrôlé, est condamné à l’extinction. En effet, en 1321, la mort sur le bûcher du cathare Guihem Bélibaste, considéré comme le dernier chef cathare, à Villerouge-Termenès marque la disparition du catharisme languedocien.

Les communautés vaudoises en Languedoc ont connu des condamnations moins sévères que celles qui touchaient les cathares. En effet, beaucoup de disciples de Pierre Valdès, afin d’éviter l’Inquisition, ont préféré réintégrer le giron de l’Eglise sous le nom de « pauvres catholiques ». On assiste même parfois à des abjurations générales proclamées, et suivies par une bonne soumission des Vaudois à ces abjurations.

Ceux qui ne se soumettent pas à l’abjuration et qui évitent les massacres fuient massivement à l’étranger (Bohême pour la minorité vaudoise).

4) Les vains exils cathares

Pendant le développement de l’éradication cathare en Languedoc, beaucoup de cathares s’exilent en masse à l’étranger, en Catalogne et en Italie.

En Catalogne, d’une part, les cathares connaissent une période de stabilité toute relative, car malgré leur nouveau refuge, ils sont désormais menacés par les Aragonais, dominant politiquement et juridiquement la Catalogne. C’est à partir de 1242 que s’organise officiellement la lutte contre l’hérésie. Mais c’est tout particulièrement de 1302 à 1314 que les cathares sont pourchassés en Catalogne.

En Italie, en revanche, l’implantation cathare est tout d’abord facilitée par le morcellement territorial et politique, en particulier en Lombardie. Mais également là sont mises en place des pratiques inquisitrices à l’encontre des hérétiques. Au début du XIIIe siècle est en effet créé l’édit impérial de Padoue, qui met en place une institution civile pré-inquisitoriale. En 1224 débutent les premières poursuites contre les hérétiques, sous l’injonction du pape Honorius III. Suite à l’assassinat de l’Inquisiteur de Milan en 1252, l’Inquisition se développe vivement, s’installe dans la République de Gênes, en Toscane et en Campanie.

Ainsi, la vague cathare est combattue également à l’étranger, là même où elle pensait être un peu plus à l’abri.

Critiquée à ses débuts, l’Inquisition a donc obtenu de flagrants succès à travers la lutte pour l’éradication des hérésies. Étendant son activité à l’Europe entière, l’Inquisition continuera par la suite à traquer toute déviance religieuse, subsistant pendant longtemps encore.

Source : Laurent ALBARET, L’Inquisition, rempart de la foi ?, Gallimard, 1998

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