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Méditerranée en lutte entre Chrétienté et Islam (VIIe-XVe s.)

La Méditerranée devient le terrain des luttes entre Chrétiens et Musulmans, à partir de la seconde moitié du VIIe siècle.

Jusqu’au début du VIIIe siècle, la sphère d’intérêt musulmane ne dépassait pas les rivages siciliens. Après 700, cette sphère d’intérêt s’étend à la Sardaigne. Les Musulmans s’opposent ici à la force concurrente byzantine. En 734, la flotte byzantine est vaincue en cherchant à s’opposer à une expédition sarrasine contre la Sicile. Le Maghreb musulman fait ainsi figure de puissance maritime en Méditerranée dès l’époque des califes omeyyades.

Mais la seconde moitié du VIIIe siècle et le premier tiers du IXe voient le ralentissement puis l’arrêt de cette première phase d’activité. En effet, les Musulmans doivent faire face, sur le front terrestre, aux berbères Kharidjites dans le Nord de l’Afrique. Ils ne peuvent donc pas parallèlement assurer une activité développée sur mer. Ceci permet donc à la flotte byzantine de reprendre la maîtrise de la mer, capturant les navires marchands musulmans et écument à leur tour les côtes africaines (pratique byzantine de la course). La construction de ribât (forteresses), comme sur la côte tunisienne à Monastir en 796, répond à une nécessité d’assurer la protection des populations littorales contre la course byzantine.

Méditerranée
Monastir Ribat

La conquête de la Sicile par l’émir aghlâbide Ziyâdat Allâh Ier lança en 827, marque au contraire le début d’une période d’un siècle et demi de suprématie navale sarrasine en Méditerranée occidentale. Le milieu du IXe siècle est l’époque des grandes razzias annuelles contre la péninsule italienne : Saint-Pierre de Rome même n’échappe pas à leurs assauts et à leurs profanations (846). Les rivages déserts de Corse et de Sardaigne, ainsi que l’archipel maltais, fournissent à certains de ces corsaires des refuges permanents qu’ils devaient conserver plus de deux siècles.

La fondation du califat fatimide au Maghreb accentua encore, au Xe siècle, l’intensité des attaques. Pour constituer et entretenir le trésor de guerre destiné à la conquête de l’Egypte, les califes comptaient particulièrement sur le produit des raids de pillage organisés le long des côtes chrétiennes par des particuliers aussi bien que par l’Etat, mais qui tous étaient taxés au dixième de la valeur des prises et du butin. La forteresse royale créée à Mahdiya vers 915 autour d’un port militaire fut à l’origine de nombreuses expéditions où se développa l’instrument conçu et préparé pour la conquête de l’Orient. L’anarchie féodale qui consumait l’Europe interdisait toute riposte sérieuse et permettait à des colonies militaires d’occuper durablement des points d’appui dans les régions montagneuses des Maures, de l’Esterel ou de la Calabre. La Méditerranée occidentale devint alors un lac musulman.

Divers facteurs firent évoluer cette situation avant la fin du Xe siècle et réduisirent peu à peu cette suprématie. La conquête de l’Egypte par les Fatimides fut suivie par leur installation au Caire (973) et mit un terme à une phase rayonnante de l’histoire du Maghreb. En Europe, au contraire, l’éveil des villes commerçantes italiennes redonnait aux chrétiens des vaisseaux et des marins. L’entente des Pisans et des Liguriens permettait rapidement l’expulsion des Maures de Corse. Et les Byzantins demeuraient toujours dangereux pour la Calabre et la Sicile. Vers le milieu du XIe siècle, ils tentaient de se réinstaller à Malte, où les Arabes devaient émanciper leurs esclaves chrétiens pour s’en faire contre eux de nécessaires alliés. Egalement, c’est à cette époque que commença l’intervention massive des Normands en Méditerranée, au moment même où l’invasion hilâlienne provoquait la désagrégation du royaume ziride (ancien vassal des Fatimides), et donc un certain affaiblissement de l’Islam maghrébin.

La conquête normande de la Sicile par Roger Ier entre 1052 et 1091 permit aux Normands d’accroître leur puissance maritime et de s’assurer en 1090 la possession de l’archipel maltais.  Malgré tout, la piraterie musulmane continuait à se développer. Au Maghreb central, les Hammâdides avaient fondé en 1060, en-Naçiriya, la future Bougie, qui devint rapidement un centre maritime important.

Mais en 1087, une confédération constituée sous les auspices du pape Victor 111, et où Pisans et Génois jouaient les premiers rôles, réunit contre le port de Mahdiya une flotte de 300 navires qui força l’entrée du port, et mit la ville à sac. En 1136, une attaque des Génois toucha également la ville d’en-Naçiriya (Bougie).

En outre, la création, à partir du début du XIIe siècle, d’une thalassocratie normande dans les mers de Sicile inaugurait une ère de maîtrise européenne de la mer Méditerranée qui allait s’étendre sur plus de deux cent cinquante ans, et dont la première conséquence fut l’ouverture de la Méditerranée aux flottes des croisades. A partir de 1135, une série d’expéditions conduites par le grand amiral Georges d’Antioche donna à Roger II de Sicile le contrôle de la plupart des centres maritimes de la côte africaine : Djerba pillée dès 1135, Kerkennah ravagée  en 1145, Tripoli attaquée en 1143, Sfax emportée en 1143, ainsi que Gabès et Sousse… Partout, la lutte contre la piraterie était invoquée comme prétexte aux interventions normandes. Et la chute de Mahdiya (1148) se produisit ainsi avant même que se fût totalement refermé l’étau qui se resserrait autour d’elle. Maître de toutes les villes de la côte à l’exception de Tunis, Roger II prit le titre de roi d’Ifriqiya.

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Moins de dix ans après l’établissement de la domination normande, les villes tunisiennes se révoltèrent et l’Almohade ‘Abd el-Moûmin rendit Mahdiya à l’Islam (1159). Mais la maîtrise chrétienne de la mer Méditerranée n’en fut pas affectée et laissa les côtes maghrébines à la merci des Européens. Quand bon leur semblait, ceux-ci pouvaient renouveler leurs expéditions : Mahdiya retomba momentanément en 1180 entre les mains siciliennes ; les Hafçides payèrent presque constamment tribut aux Normands, aux Hohenstaufen, puis aux Angevins de Naples, pour acheter la paix à leurs pirates ; rien ne vint entraver sur mer la croisade tunisienne de Saint Louis (1270), etc.  Aux XIVe et XVe siècles, on assista à une recrudescence de la course musulmane, en partie à l’origine d’une nouvelle expédition chrétienne, franco-génoise cette fois, contre Mahdiya (1390). De même, le sac de Torreblanca par les musulmans barbaresques, en 1397, entraîna l’attaque de Dellys (1398) puis de Bône (1399) par les flottes réunies de Valence et de Majorque. Des razzias ou des incursions à Malte (en 1385, 1412, 1422, 1423) sont également suivies d’actions de la flotte d’Alphonse V d’Aragon contre les Kerkennah (1424) ou contre Djerba (1432).

La fin du Moyen-Age, à partir du XVe siècle, vit l’intervention massive en Méditerranée de flottes ibériques chrétiennes, en relation avec le phénomène de la Reconquista en plein aboutissement. On trouve alors des corsaires dans chaque camp, aussi bien chrétiens que musulmans barbaresques.

 

Source : Jean MONLAU, Les Etats Barbaresques, PUF Que sais-je, 1973

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