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Le renoncement au corps

Le renoncement au corps

Le renoncement au corps

L’historien explique que la caractérisation du péché originel de l’Ancien Testament comme péché sexuel n’a rien d’évident. Elle n’est pas présente dans le texte lui-même : « la religion chrétienne institutionnalisée introduit une grande nouveauté en Occident [au Moyen Age] : la transformation du péché originel en péché sexuel. Un changement qui est une nouveauté dans le christianisme lui-même, puisque, à ses débuts, aucune trace n’apparaît d’une telle équivalence, de même qu’aucun terme de cette équation ne figure dans la Bible de l’Ancien Testament. Le péché originel qui précipite Adam et Eve hors du Paradis est un péché de curiosité et d’orgueil. C’est la volonté de savoir qui conduit ne premier homme et la première femme, tentés par le démon, à manger la pomme de l’arbre de la connaissance. A déposséder Dieu, en quelque sorte, de l’un de ses attributs les plus déterminants. » (pp. 51-52) Jacques Le Goff montre le rôle joué par l’apôtre Paul, mais surtout par saint Augustin pour imposer l’idée que le péché originel est un péché sexuel. Il évoque aussi des aspects pratiques : « il était plus facile de convaincre le bon peuple que la manducation de la pomme relevait de la copulation plutôt que de la connaissance » (p. 54).

On apprend également que les travaux de l’historien Paul Veyne ont abouti à montrer que le renoncement au corps est antérieur, en Occident, au triomphe du christianisme et peut être daté aux dernières années du IIe siècle après Jésus Christ, sous le règne de l’empereur Marc Aurèle. Paul Veyne décrit, dans son article intitulé « La famille et l’amour sous le haut Empire romain » (Annales E.S.C, 1978), l’ascétisme de cet empereur adepte du stoïcisme et de la maîtrise des passions, en citant les passages du recueil des Pensées écrites par Marc Aurèle. Michel Foucault, dans l’Histoire de la sexualité, avait lui aussi montré que l’histoire du renoncement au corps dans notre civilisation ne peut pas être calquée sur celle du passage du paganisme au christianisme et que le tournant décisif vers cette métamorphose de la morale sexuelle se situe sous la haut Empire romain, au IIe siècle de notre ère.

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